Télé, mon beau miroir

Par François Simon

Vous êtes jeune ? Vous avez de la chance, vous allez découvrir quelque chose. Vous êtes de la génération d’avant mai 68 ? Tant pis pour vous, vous allez respirer un parfum ancestral. Donc les jeunes, c’est à vous que je m’adresse. Soyez attentifs, car tout ne va pas se voir d’un coup. Ce sera d’abord comme un brouillard chargé de mille bonnes intentions, d’autant de promesses et de bonne foi jurée. On ne changera rien. Vous verrez toujours les mêmes sur le petit écran. Car c’est de télévision dont je vous parle. Les mêmes au début du moins.

Mais alors, pourquoi changer les règles du jeu ? Pourquoi « nationaliser » la télévision si ce doit être comme avant, hormis un transbordement des recettes publicitaires du public vers le privé ? Toutes les suppositions sont permises, à commencer, ça n’a échappé à personne, par l’avantage qu’en tireront les amis Bouygues et consorts. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. Après tout, échapper aux contraintes des publicitaires vaut peut-être d’en payer le prix. Mais quel prix ? Les journalistes savent très bien ce qu’il peut en être, ce qu’il en a été des entreprises sur lesquelles l’Etat a la main. Moins que le président de la République lui-même ou que son premier ministre, ou que tout autre membre du gouvernement, ce sont les députés et sénateurs bien en cour et, tout autant, les membres occultes des cabinets qui auront à cœur de dire leur mot, de « suggérer » la création d’émissions, d’imposer des directives, puisque, tout comme le chef de l’Etat, ils se sentiront propriétaires de France Télévision.

Propriétaire ? Mais oui ! Nicolas Sarkozy l’avait dit sans ambages : « Il est normal que ce soit celui qui paye qui nomme les présidents des chaînes publiques ». Passons sur cette formule audacieuse qui laisse entendre que le chef de l’Etat tire les revenus publics de sa poche. Mais une telle affirmation ne peut que faire courber les échines. On ne s’étonnera donc pas que le PDG de France Télévision ait vite pris les devants, avant même le vote définitif de la loi – pas encore examinée par le Sénat – et sa promulgation, en faisant voter illico pas son conseil d’administration la suppression de la publicité sur ses chaines après 20 heures, dès le 5 janvier. Il l’a fait, assure-t-il dans l’intérêt supérieur du groupe et de ses collaborateurs. Partant, il en fera d’autres sans qu’il soit besoin de lui faire les gros yeux.

Heureusement que le Canard enchaîné est un journal satirique et qu’on n’est donc pas obligé de le prendre au sérieux. Il prétend que Nicolas Sarkozy veut réformer France 3. « Il y en a marre, aurait-il dit à son entourage, de voir sur les antennes régionales de France 3 les journalistes passer leur temps à taper sur moi et sur les mecs de droite. On va réformer et, après, il faudra bien qu’ils soient neutres« .

Neutres, objectifs, les journalistes ne sont rien de tout cela aux yeux et aux oreilles de ceux qui nous gouvernent. Rengaine de tous les pouvoirs.

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