Les photos du débat « journalistes web : soutiers de l’info ou pionniers du journalisme de demain ?»
Forçats de l’info : la querelle des Anciens et des Modernes
La famille des journalistes connaîtrait-elle une nouvelle fracture ? À l’ancien clivage, « journalistes presse écrite » vs « journalistes audiovisuel » s’en substituerait un nouveau : « vieux journalistes » (comprendre, journalistes travaillant dans les « vieux» médias : journaux, radio, TV) vs « jeunes journalistes » (comprendre, journalistes travaillant pour un site, pure player ou non). Cette fracture est décrite par Xavier Ternisien dans son article Les forçats de l’info et sera sans doute l’un des points forts lors du débat du 29 juin.
D’un côté, donc, nous aurions « une nouvelle race de journalistes », au « teint blafard des geeks », qui enchaînent des journées de douze heures, des permanences le week-end ou la nuit, et ce pour un salaire de misère et un statut précaire. On tient là l’image parfaite de ces « intellos précaires « si bien décrits par Anne et Marine Rambach. Pour couronner le tout, ces « forçats » pratiqueraient une forme de sous-journalisme : bâtonnage de dépêches dans l’urgence, non-vérification des sources, papiers mis directement en ligne sans relecture, avec tous les risques d’erreurs factuelles que cela sous-entend.
Bref, on n’est pas loin du « tout faux» , pour ces journalistes new school. Pire, ils sont pris en flagrant délit d’arrogance. Plus réactifs, maîtrisant les « outils» du web (vidéo, son, mashup, réseaux sociaux, etc.), ils s’estiment être les journalistes de demain. À preuve, ils ne veulent plus travailler pour le papier, mais pour le web, rêvant d’entrer à Rue89 et non dans des journaux papier aussi has been que Libération.
Cette vision — qui repose sur un certain nombre de faits incontestables— mérite de nourrir la réflexion, avec comme première question celle de sa réalité. Faute d’enquêtes complètes sur la profession et son évolution récente, difficile d’être affirmatif sur ce point, même si plusieurs informations parcellaires se recoupent et laissent à penser que les journalistes web travaillent dans des conditions de travail médiocres et avec un statut dégradé. Mais n’est-ce pas plus simplement les conditions d’entrée dans la profession qui se sont dégradées pour tous les jeunes journalistes ? La création de l’Observatoire des métiers de la presse permettra peut-être d’avoir une vision plus complète et globale sur les profils de métiers émergeants, mais ce ne sera pas avant plusieurs années. D’ici là, donc brouillard.
Mais admettons et revenons sur le supposé « délit d’arrogance» . Il suppose que désormais s’opposent deux générations : celle les « anciens» , du « papier» , adepte du « bloc notes-crayon» à celle des « modernes» , de la vidéo, de twitter, du web. Si cela est vrai, il faut immédiatement séparer les rédactions web et papier et oublier toute idée de « convergence» . Car comment faire travailler ensemble deux types de journalistes qui au mieux s’ignorent, au pire se méprisent réciproquement ?
On le voit, on touche au cœur des évolutions du journalisme aujourd’hui. Il y a pour le moins matière à débat.
Marc Mentré
Forçats de l’infos… le débat est ouvert
Forçats de l’info, journalistes low-cost, pakistanais du Web ou poulets en batterie… l’enquête de Xavier Ternisien publiée dans le Monde qui file les métaphores sur les conditions de travail des journalistes en ligne suscite depuis quelques semaines bien des réactions dans la blogosphère journalistique.
Eric Mettout, rédacteur en chef à l’Express.fr a été parmi les premiers à réagir : « Quand Xavier Ternisien parle justement des conditions de travail ou des salaires dégradés des journalistes du Web, pourquoi ne les met-il pas en regard des conditions de travail ou des salaires dégradés des journalistes tout court ? » La polémique était lancée. Les réponses ont fusé. Le papier de Zyneb Drief sur Rue 89 en propose un panorama avec à la clé un diaporama des rédactions web. Et Frédérique Roussel dans Libération en souligne l’un des enjeux « Le sujet a touché du doigt un malaise : celui des tensions autour de la question du modèle économique de l’info sur le Web, de la rivalité et des disparités sociales, voire catégorielles, avec les rédactions établies. »
Les réactions au papier du Monde tiennent sans doute à la place symbolique qu’occupe ce quotidien dans l’imaginaire journalistique. Rappelons que de nombreux papiers ont déjà été écrits sur ce sujet, notamment sur Bakchich et Télérama, sans susciter de controverses. Citons aussi l’enquête, passée inaperçue (à lire l’excellente analyse de narvic sur novovision) de Yannick Estienne, un chercheur en sciences de l’information et de la communication, publiée en 2007 aux éditions L’Harmattan : « Le journalisme après internet» .
Cette polémique ne porte pas seulement sur les conditions de travail des journalistes en général – papier et web confondus. Elle amène à s’interroger une fois de plus sur l’uniformisation de l’information et la valeur ajoutée du travail des journalistes (cf. les analyses de Jeff Jarvis), autant de questions qui seront abordées lors du prochain débat de notre collectif ça presse ! que nous organisons lundi 29 juin, à partir de 19h45, à l’EMI CFD, 7/9 rue des petites écuries, Paris 10ème.
Emmanuel Vaillant
Débat ça presse ! : Reconquérir les lecteurs, c’est possible !
La presse papier peut-elle retrouver des lecteurs ? Trois expériences menées à l’étranger en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas témoignent qu’il est possible de reconquérir un public volatile.
Un débat ça presse ! avec :
Andrés Pérez, correspondant à Paris du tout nouveau quotidien national espagnol Publico, un journal populaire et progressiste de qualité, à 50 centimes d’euros, réalisé par une équipe 100 % bi-média de 130 journalistes.
Gianpaolo Accardo, correspondant pour Internazionale, cousin italien de « Courrier International », qui a su trouver chaque semaine 50 000 acheteurs en devenant une référence sur l’actualité étrangère grâce à un traitement original
René Moerland, correspondant pour NRC Next, un nouveau quotidien hollandais payant, parvenu à séduire en six mois 70 000 lecteurs jeunes par une information exigeante mais différente (analyses, opinions, reportages d’arrière-plan…).
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Débat ça presse ! : Les journalistes ont-ils encore une déontologie ?
Pressions économiques, confusions entre promotion et information, exacerbation du scoop, omniprésence des financiers et des commerciaux dans les rédactions,… La litanie des risques qui pèsent sur l’exercice de notre métier n’est pas nouvelle.
L’ampleur de la crise économique, la proximité pour ne pas dire, l’appartenance, de grands groupes de presse à des pôles financiers, industriels ou d’armement, parfois très proches du pouvoir, ajoutent encore au malaise. Dans ce paysage, le lecteur doute, lui aussi. La crédibilité des medias n’a jamais été autant mise en cause.
Alors, faut-il baisser les bras ? Faire le dos rond et attendre que passe le plus gros de la vague ? Accepter les « compromis », pour la survie de nos journaux ? Mouiller davantage la société civile dans nos combats pour une presse libre et indépendante ? Comment faire pour retrouver la confiance du lecteur ? Remettons-nous suffisamment en cause nos propres pratiques ? Faut-il se doter d’une instance (type « conseil de presse ») pour les réguler, voire les sanctionner ? Les différentes chartes et codes, déjà édités sont-ils réellement appliqués ?
Autant de questions soulevées lors du dernier débat Ça presse ! avec :
Loïc Hervouët, ancien médiateur à RFI, ancien directeur de l’ESJ de Lille et intervenant à l’IPJ où il enseigne l’éthique et la déontologie.
Adam White, secrétaire général de la FIJ (Fédération internationale de journalisme)
Philippe Merlant, co-créateur du site Place Publique, journaliste et membre de la Société des journalistes au journal La Vie.


